01 nov 2007

Un apologue de Choï Eui-Sun Sa Bom Nim

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[Maître Choï Eui-Sun, fut l’initiateur du Soo Bahk Do en France, dans la décennie 1989-1999. Nous publions de lui un texte non daté, au moment même où notre directrice technique s’en va passer quelques jours dans son do-jang aux Etats-Unis. En le lisant on voit dans quoi Shiwol, puis Shiwol l’association, puisent périodiquement. Et ce que le terme Moo Do veut dire. NDLR]

Un beau jour de la fin des années 60, un jeune garçon vint s’inscrire dans une école de Soo Bahk Do. Il fut chaleureusement accueilli par un large sourire du maître de l’école. Le garçon s’attendait à commencer l’entraînement immédiatement. Il aspirait à en apprendre beaucoup et à progresser rapidement

Lorsque l’élève le plus gradé de l’école aperçut le nouveau venu, un sourire radieux apparut sur son visage. Il lui donna une tenue pour faire le ménage et lui montra comment disposer ses mains et ses genoux afin de bien nettoyer le sol. L’élève gradé se dit alors en lui-même que son devoir était terminé puisque un jeune garçon l’avait remplacé. Il en était fort satisfait.

Chaque jour, le jeune garçon venait à la salle ; après avoir fait hadan makki, la défense niveau bas, il devait frotter le sol. C’était là son entraînement. Il fit cela tout un automne, puis un hiver entier. Six mois pendant lesquels il continua de la sorte. Lorsqu’il rentrait chez lui le soir, il était très fatigué, son corps lui faisait mal. Ses genoux étaient écorchés, ses mains se durcirent.

Il fut bientôt épuisé de ce travail ; sa déception était immense. La seule chose qu’il avait pu faire en six mois était de pratiquer la défense niveau bas et de frotter le sol. Il apprit bientôt que chaque nouvel élève devait suivre le même chemin. Son impatience était grande de voir arriver un nouveau, afin qu’il soit libéré de cette terrible et ennuyeuse tâche. Mais personne ne venait. L’enfant grandissait, toujours plus déçu, en colère contre ses parents et contre le maître. Un soir, il déclara à ses parents qu’il ne voulait plus retourner au cours de Soo Bahk Do : la défense niveau bas, le nettoyage du sol, les douleurs des mains et des genoux, c’en était fini, c’était décidé ! Mais ses parents ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils pensaient que c’était un bon entraînement et une discipline exigeante. Il lui fallut continuer.

Le printemps vint. Un beau jour, le garçon mit son do-bok comme il en avait l’habitude, et se rendit à l’école. Un adulte arriva au do-jang. Le maître sortit de son bureau et dit au garçon de donner sa tenue de ménage au nouvel élève. Puis il invita le garçon à venir dans son bureau. Il le fit s’asseoir et lui dit : « Tu sais en quoi consiste la voie de l’art martial. Un artiste martial ne rêve jamais sans agir. Il vit au présent, agit au présent. Si tu n’avais pas agi, je n’aurais jamais pu savoir ce qu’il y a dans ton esprit. Même si tu m’avais dit en arrivant les raisons pour lesquelles tu pratiques le Soo Bahk Do, je n’aurais pas pour autant connu tes motivations profondes. La manière dont tu as frotté le sol jour après jour a manifesté bien des traits de ta personnalité. Tu seras mon disciple parce que tu as enduré un travail répétitif sans te plaindre. »

Le jeune garçon grandit et suivit les traces de son maître. Il devint à son tour un maître reconnu et vint aux Etats-Unis pour enseigner. Là, il prit conscience qu’il y a trois sortes de pratiquants :

1) Le client est le type de pratiquant qui conçoit son apprentissage de l’art martial comme un rapport commercial. Il achète un produit à un prix déterminé. C’est le genre de personne qui abandonne l’entraînement dès que quelque chose lui déplaît, ou qu’il rencontre une difficulté. Pourquoi souffrirait-on pour quelque chose qu’on achète ?

2) L’élève est le genre de pratiquant qui continue même s’il rencontre des difficultés dans l’entraînement parce qu’il a un but.

3) Le disciple est celui qui est capable de sentir et de se représenter toute l’histoire du jeune garçon et qui, pour cette raison, n’abandonnera jamais.

Les nouveaux membres arrivent au do-jang avec une certaine idée de la pratique mais, au fur et à mesure que le temps passe, il se peut que cette idée se transforme. Le jeune garçon devenu maître s’imaginait que tout nouvel élève deviendrait un disciple. Mais les trois types de pratiquants décrits impliquent trois manières de concevoir l’enseignement :

1) Moo Sul signifie « technique » ou « stratégie de l’art martial ». Les do-jangs qui optent pour ce type d’enseignement s’intéressent surtout à l’échange commercial que leur permet la technique ; la plupart du temps, les instructeurs de ces do-jangs sont meilleurs hommes d’affaire que maîtres d’arts martiaux.

2) Moo Yei signifie « arts martiaux ». Cette approche met l’accent sur la beauté des mouvements du corps. Un grand nombre de pratiquants viennent s’entraîner, attirés principalement par la beauté des mouvements.

3) Moo Do signifie « la voie des arts martiaux ». On met l’accent sur la discipline et la philosophie des arts martiaux. C’est à cet aspect auquel sont sensibles « les disciples ».

Les instructeurs doivent avoir pour objectif principal de diriger les pratiquants vers l’aspect Moo Do de la pratique. Il leur faut enseigner aux pratiquants à vivre, en même temps que leur inculquer les techniques. La plupart des pratiquants débuteront comme clients, ou élèves, mais un instructeur digne de ce nom doit les amener à comprendre qu’ils sont engagés dans un cursus d’étude, et pas dans un cours de gym. Cela exige une régularité afin de suivre un parcours déterminé. De même les examens sont obligatoires. Les entraînements sont organisés. Le système des ceintures est là pour aider les pratiquants à se fixer des objectifs et à les réaliser. Les nouveaux élèves sont d’abord accompagnés et progressivement on augmente la vitesse des techniques. Les plus expérimentés doivent se dépasser. Les élèves doivent avoir un objectif. Au lycée ou à l’université, on veut obtenir un diplôme ; dans les arts martiaux, nous poursuivons une manière de vivre en apprenant la discipline et la philosophie afin de devenir un maître qui un jour, guide les autres dans le Moo Do.

Le proverbe suivant, qui provient du philosophe Lao Tseu peut s’appliquer à tout instructeur d’arts martiaux :

Lao Ze s’en allant vers l’Ouest monté sur un buffle

« La vertu supérieure est comme l’eau. L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point. Elle habite les lieux dont chacun se détourne. C’est en cela qu’elle est proche du Tao. En choisissant ton habitation, reste humble. En cultivant ton esprit, plonge dans les profondeurs. Dans ton rapport avec les autres, sois doux et bon. En parlant, utilise les mots à bon escient. En gouvernant, sache maintenir l’ordre. Dans les affaires, cherche à être efficace. En bougeant, trouve le bon moment. Qui ne se bat pas avec les autres échappe à toute critique. »

Choi Eui-Sun (Trad. de l’anglais par E. Mollet)

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