18 nov 2007

Le concept de forme dans le Soo Bahk Do

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[NDLR : on lira çi-après un extrait du Red Belt instructional guide de Hwang Kee et H.C Hwang, 1993. Sous la rubrique “Théorie”, Shiwol l’association, entend contribuer à la discussion d’un certain nombre de notions, qui sont le noyau de la discipline. Attention cependant : la théorie n’est là que pour former le jugement, et le savoir-faire n’est réductible à aucun savoir. Dans la Critique de la faculté de juger, Kant mentionne qu’il y avait dans telle ville de sa connaissance un homme capable de penser la chaussure, mais il était incapable d’en faire une. Dans telle autre ville, il y avait un cordonnier prodigieux, qui n’entendait rien à la théorie de la chaussure : mais il confectionnait les plus belles chaussures de son temps. Mais il arrive aussi qu’on puisse savoir et savoir-faire …]

Forme de base du portage (Viet-Nâm)

Les maîtres anciens accordaient un intérêt profond au développement des formes ainsi qu’à leur compréhension. Le passage suivant est une traduction de ce que l’on a trouvé dans le livre « Moo Yei Do Bo Tong Ji » qui remonte au 17e siècle, et dont l’auteur est inconnu:

“Exercer les mains et les pieds techniquement, et conditionner le corps, c’est le commencement de l’étude de l’art du Tang Soo Do. Les formes n’apparaissent pas d’une manière évidente, en ce qui concerne le combat réel, comme une partie indispensable des arts martiaux.
Cependant, la pratique des formes développe la capacité d’exécuter librement des techniques de mains et de jambes. Ce point est fondamental pour utiliser son corps au mieux à tout moment”.

Il y a un trait commun à tous les arts martiaux : après l’apprentissage des mouvements de base, ceux-ci sont appliqués et intégrés dans des formes. En fonction de leur conception, chaque forme dans notre art est un ensemble de pas, de sauts, de blocages, de coups de pied, de coups de poing et de poussées défini clairement et conformément à la tradition. De telle sorte que chaque forme a sa propre identité et son propre but.

Les formes de base comprennent une défense, une attaque ou une poussée, des demi-tours qui ont pour objectif de développer le contrôle, le rythme, la puissance et la vitesse afin d’acquérir d’abord les techniques de base. Au fur et à mesure de la progression, les formes offrent des combinaison de défenses, coups de pied, coups de poing, poussées, sauts et déplacements de plus en plus complexes et variés. Une seule forme avancée exige une concentration intense et peut prendre des années d’entraînement quotidien avant d’être maîtrisée. La forme parfaite est l’union subtile de l’esprit et du corps. Elle manifeste un art de haut niveau, c’est une réalisation pleine de beauté. Pourtant les formes ne sont pas l’art entier. Tout au long de la progression dans l’art, elles constituent des mises en situation de l’esprit et du corps qui font travailler les réflexes indispensables au combat libre et préparent les pratiquants à se défendre si un conflit réel devait survenir. Les séquences de mouvements sont susceptibles de répondre à plusieurs genres d’attaques et de situations où il faut se défendre contre plusieurs attaquants ; il s’agit aussi dans ces séquences de contrôler un certain espace en fonction de la directions des attaques.

Dans les différentes formes, un nombre discret de mouvements est réuni en séquences intriquées et en modèles variés. Le pratiquant n’a pas seulement à se souvenir de l’ordre des mouvements de la forme. Il doit aussi se concentrer sur l’équilibre, le rythme, le contrôle de la respiration, la variation de la vitesse et le contrôle de la puissance. Il est fondamental de prêter attention à ces points afin que la forme se rapproche d’un idéal vivant. Il serait irrespectueux de considérer que connaître une forme se résume à la mémorisation d’une série de mouvements séparés.

Comme dans tous les arts, nous percevons la grandeur d’une forme et sa perfection non par l’addition de ses parties, non par l’analyse des éléments séparés, mais par le sentiment que l’ensemble est plus beau que les parties qui le composent. Ce sentiment est une compréhension intuitive et instantanée.

Si le pratiquant nous donne l’impression que la forme est constituée de mouvements séparés, alors nous pourrons peut-être reconnaître à ce pratiquant des qualités mais il ne sera pas question d’art.

La forme est la source ou l’essence même de tous les aspects techniques des arts martiaux. Le pratiquant se doit, par conséquent, de pratiquer ses formes avec sincérité et avec un engagement profond afin d’approcher l’idéal. Aussi, doit-il/elle pratiquer uniquement les formes pour lesquelles il/elle est mentalement et physiquement préparé(e). Il est déraisonnable et même présomptueux, pour une ceinture blanche, de pratiquer une forme plus élevée que celle de son niveau. La plus grande partie de sa valeur, son but, sa signification et son unité lui échapperaient. En outre, le développement mental et la capacité à se discipliner sont deux aspects importants de notre art ; la connaissance de soi vient à force d’évaluer avec acuité son propre niveau de compétence, et ainsi se rendre compte de quoi on est capable.Le pratiquant qui se surestime ne se rend pas service, ni à lui même, ni à notre art.

En résumé, pour étudier une forme, on doit s’intéresser à l’application et à la signification de chaque mouvement tant offensif que défensif. Dans une forme, au lieu de pratiquer chaque mouvement pour lui-même, on devrait trouver sa signification et son rapport avec les autres ; puis chercher à saisir la raison d’être de chaque séquence à l’intérieur du tout.

Si l’on était tenté de mépriser l’histoire, de négliger la valeur et la définition des formes, on pourrait très bien imaginer d’inventer des centaines de formes, sur la bases des mouvements connus. Ce serait effectivement une tentative pour créer de nouveaux idéaux, une philosophie différente. Cela détruirait l’intégrité de notre art martial. Le corps des formes traditionnelles dont nous disposons propose largement assez de difficultés, de complexité et donne suffisamment d’occasions de se dépasser pour toute une vie. Chaque forme a sa personnalité, comme c’est le cas de tout individu. Les éléments qui la caractérisent peuvent être énoncés comme suit :

1. Séquence de la forme : la séquence adéquate et correcte des mouvements dans une forme particulière.

2. Contrôle de la puissance : contrôler la libération et la rétention de l’énergie concentrée, maîtriser l’explosivité.

3. Tension et relaxation : maîtriser la respiration et son timing dans la libération et la rétention de l’énergie.

4. Contrôle du rythme et de la vitesse : coordination et exécution exacte des mouvements sur le rythme approprié dans les séquences internes à une forme.

5. Direction des mouvements : qualité d’équilibre et d’assurance dans le déplacement lors des changements de direction.

6. Esprit ou attitude : calme et humilité basés sur la connaissance de soi ; engagement pour effectuer la forme la plus parfaite.

7. Puissance des techniques : rigueur et force des mouvements, puissance égale entre attaques et défenses.

8. Compréhension des techniques de la forme : démonstration dans la forme que la séquence de mouvements a été intériorisée et coule avec naturel et facilité telle une réponse réflexe, c’est à dire, sans l’intervention de l’esprit conscient.

9. Traits distinctifs de la forme : sentiment, chez l’observateur que le pratiquant qui exécute sa forme a une conscience claire de la nature des attaques, de leur nombre et des directions d’où viennent les attaquants.

10. Finition parfaite : comme signes supplémentaires de la concentration et du contrôle, le dernier mouvement de la forme se termine au point de départ ; on reste alors figés jusqu’au signal du juge ou du professeur.

11. Précision des mouvements : l’ exactitude dans l’exécution d’un mouvement doit montrer que l’équilibre, la distance, la puissance, le contrôle et le savoir-faire sont bien coordonnés.

12. Intention. direction et concentration de l’attention sur les cibles où libérer la puissance.

Des yeux concentrés communiquent à la fois la détermination à se défendre contre des attaques et une tactique ou un plan pour le faire. De plus, les yeux anticipent la direction où s’effectuera le mouvement par des changements rapides d’orientation du regard et amène ainsi la concentration sur une nouvelle cible où libérer la puissance.

Ces douze éléments peuvent être utilisés comme base d’évaluation d’une forme et pour l’amélioration de ses performances.

[Version corrigée au 06/01/2008]

Dynamique de la forme de portage (Viet-Nâm)

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