16 sept 2010

Interview Elodie Mollet dans le magazine "Parents" – 2009

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Interview d’Elodie Mollet pour la magazine « Parents » – Eté 2009

Quels peuvent être les bienfaits d’une initiation aux arts martiaux chez de très jeunes enfants ? Ce type d’activité permet-il à un enfant de se défouler ou au contraire de canaliser son énergie ?
Dès lors qu’un enfant de 4 ans se retrouve dans un groupe, il aura à se canaliser : l’enfant n’est pas le seul, l’adulte n’est pas là seulement pour lui, il doit s’habituer à ne pas être constamment au centre. Avoir des activités de groupe, comme il l’expérimente déjà à l’école maternelle, c’est très important. Dans notre initiation aux arts martiaux, ce que l’on apprend provient de sociétés à influence confucianiste où le groupe prévaut sur l’individu. Nous insistons donc sur l’aspect collectif.
Si l’on considère les choses individuellement maintenant, n’importe quel geste «technique », qui demande que le corps s’exerce pour acquérir une trajectoire, gagner en précision, est une « canalisation ». Et plus l’enseignant sera exigeant sur la précision du geste, plus il faudra que l’enfant se concentre pour y parvenir.
A 4 ans, l’enfant a tant de progrès à faire en ce qui concerne la motricité !
Maintenant, toute la question est d’équilibrer le temps de concentration, le temps « exigeant », et celui où c’est la dimension ludique qui l’emporte, même si les enfants continuent à travailler. J’imagine que ce temps ludique, c’est ce que vous appelez « défoulement ».

Quelles sont les contraintes de cette discipline (je pense aux éventuelles compétitions lorsque l’enfant grandit) ?
Pour répondre à cette question, on doit distinguer entre les arts martiaux : certains se sont résolument tournés vers la compétition (les arts martiaux devenus sports de combat olympiques, tel le Taekwondo ou le Judo par exemple).
Si l’on considère par contre les arts martiaux « traditionnels », tel le Soo Bahk Do (qui est la base de ce que nous enseignons aux enfants dans notre cours d’initiation aux arts martiaux) les compétitions ne sont pas centrales. Elles ont été concédées par les fondateurs parce que les pratiquants occidentaux, en Europe et aux USA, éprouvaient le besoin de se mesurer, de recevoir des récompenses, d’établir un classement etc …
Théoriquement, si l’enfant ne le souhaite pas, il n’y a alors pas lieu de le faire participer à des compétitions. Mais il faut bien dire que parvenu à un certain âge, il est très rare que les enfants n’aient pas envie de se frotter aux autres. Nos sociétés émettent sans cesse des signes qui les y poussent, d’ailleurs.
Le système de grades par barrette et ceinture est une façon de mesurer sa propre progression, sans avoir à « battre l’autre ». On pourrait le considérer comme suffisant.

Quelles sont les qualités physiques et mentales que cette discipline est amenée à développer chez l’enfant au fur et à mesure qu’il pratique ?

Avec les enfants de 4 ans, on préfère travailler certaines aptitudes plus que développer les qualités physiques à proprement parler : l’adresse, l’équilibre, la coordination sont plus importantes à leur âge que la force, la souplesse ou la détente, qu’on travaille plus tard.
Dans l’initiation aux arts martiaux, nous leur apprenons des postures, afin que les enfants soient amenés à ressentir les différentes parties de leurs corps, se concentrent dessus, et supportent une certaine immobilité. A travers ces postures, les enfants imaginent quelque chose, soit tout seuls, soit parce qu’on le leur suggère. Il y a donc un travail d’expression, parce qu’ils relient ce qu’ils imaginent à leur action (la posture).
C’est fondamental, à notre avis.
On développe par notre discipline courage, concentration, patience et, ce qui va avec, une certaine modestie.

A votre avis, faut-il être totalement à l’écoute des souhaits d’un enfant (lorsqu’il rechigne par exemple à pratiquer un sport) ou faut-il le pousser un peu (sans tomber dans une pression démesurée forcément contre-productive) ?

A 4 ans, est-ce que si votre enfant refuse de manger ou d’aller se coucher, vous le laissez décider ? A cet âge, il a besoin d’un cadre, d’une régularité, d’habitudes, c’est aux parents de les lui donner. Comment saurait-il d’emblée ce qui est bon pour lui ?
En ce qui concerne sa participation au cours d’arts martiaux, c’est la même chose. Comme nous l’avons dit précédemment, cela va lui demander un certain effort. S’il rechigne, c’est aux parents d’en évaluer les raisons. Ils peuvent en discuter avec lui bien sûr. Beaucoup d’enfants sont fatigués en cours d’année, c’est assez naturel. Mais au delà de ce que l’enfant pourra en dire, ce peut être aussi l’occasion de lui expliquer qu’il faut pratiquer une même activité suffisamment longtemps pour pouvoir savoir si on l’aime ou pas. Je crois qu’un enfant a besoin d’expériences du temps. Grandir, ça passe par un certain renoncement à l’immédiateté de son désir, non ?

Peut-on déceler chez de si jeunes enfants des dispositions pour les arts martiaux ou est-ce beaucoup trop tôt ?

On peut remarquer chez de très jeunes enfants une facilité à se concentrer, une aisance particulière dans l’exécution de certains mouvements, une coordination précoce. Mais ce qui compte, c’est plutôt la réversibilité des choses dans d’autres cas. Des enfants de 4 ans peuvent apparaître plutôt empotés, tandis qu’à 6, ils auront considérablement amélioré leur agilité. C’est la même chose pour la concentration. Avec un entraînement régulier (2 fois par semaine), un enfant cultive sa capacité à focaliser son attention, que ce soit sur une cible lorsqu’il exécute un mouvement unique, ou sur des enchaînements de mouvements qu’il a appris et qu’il doit reproduire et s’efforcer de maîtriser.

Nos sincères remerciements à Gaëlle Guernalec-Levy pour la réalisation et publication de cet interview.

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